Ce texte vient du sujet de français du bac blanc et je l’ai trouvé trop beau donc le voici :
Un vieux tahitien s’adresse à Bougainville(explorateur français).
"Laisse-nous nos mœurs, elles sont plus sages et plus honnêtes que les tiennes. Nous ne voulons points troquer notre ignorance contre tes inutiles lumières. Tout ce qui nous est nécessaire et bon, nous le possédons. Sommes (nous dignes de mépris parce que nous n’avons pas su nous faire des besoins superflus ? Lorsque nous avons faim nous avons de quoi manger ; lorsque nous avons froids nous avons de quoi nous vetir. Tu es entrée dans nos cabanes, qu’y manque t’il, a ton avis ? Poursuis jusque ou tu voudras ce que tu appelles commodités de la vie, mais permets à des êtres sensés de s’arrête, lorsqu’ils n’auraient à obtenir de la continuité de de leurs pénibles efforts que des biens imaginaires. Si tu nous persuades de franchir l’étroite limite du besoin, quand finirons-nous de travailler ? Quand jouirons-nous ? Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières la moindre qu’il etait possible parce que rien ne nous paraît ^préférable au repos. V dans ta contrée t’agité, te tourmenter tant que tu voudras. Laisse nous reposer ; ne nous entête pas ni de tes besoins factices, ni de tes vertus chimériques. Regarde ces hommes, vois comme ils sont droits, sains et robustes. Regarde ces femmes, vois comme elles sont droites, saines, fraîche et belles. Prends cet arc, c’est le mien, appelle à ton aide un, deux, trois, quatre de tes camarades, et tacher de le tendre. Je le tends moi seul ; je laboure la terre ; je grimpe la montagne ; je perce la foret ; je parcours une lieu en moins d’une heure ; tes jeunes compagnons ont eu peine à me suivre, et j’ai quatre-vingt-dix ans passés."
D. Diderot : Supplement de voyage pour Bougainville
(1772)